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Comme le laisse entendre le titre, il faut maîtriser le passé simple – que les Chiliens utilisent à gogo, y compris dans les échanges verbaux quotidiens, c’est leur côté précieux –, pour lire ce lire d’Antonio Skármeta dans le texte. Cela dit c’est écrit gros, y a pas trop trop de vocabulaire, donc sa lecture est à recommander avec un niveau… je dirais B1-B2, pour reprendre le cadre européen des langues qui accompagne mon apprentissage de l’espagnol.

No pasó nada est typiquement le genre de livres qui devrait se trouver dans la collection jeunesse d’un éditeur chilien, entre la série des Papelucho de Marcela Paz, œuvre phare de la littérature pour enfants chilienne, à en juger par sa notoriété et sa présence en librairie, et Histoire d’une mouette et du chat qui lui apprit à voler de Luís Sepúlveda (oui, oui, celui du Vieux qui lisait des romans d’amour). Pourtant je ne crois pas l’y avoir jamais vu. D'ailleurs, la présente couverture est celle d'une maison d'édition espagnole, DeBolsillo (du groupe Random House Mondadori, puisque les rachats de maisons d'édition par des grands groupes sont, là-bas aussi, à l'ordre du jour).

Le livre, paru pour la première fois en 1980, raconte, par la voix d’un petit Chilien, l’exil de sa famille en Allemagne suite au coup d’État d’Augusto Pinochet, qui mit fin au gouvernement de Salvador Allende en 1973. Il y a l’école et les potes qui ont en commun d’avoir quitté leur pays, la Grèce des généraux, il y a sa famille, pas toujours tendre, les manifestations pour le Chili, les filles, et la condition d’étranger qui cherche à ne pas se faire remarquer, de peur de perdre ce qui lui reste. Et l’ironie. Ça se passe à Berlin, où Skármeta vécut lui-même pendant 15 ans – tradition des écrivains chiliens oblige (ça a été le cas de Gabriela Mistral et de Pablo Neruda), il y a été ambassadeur.

Apparemment le livre a été traduit en français et adapté (l'intrigue se passe en France), sous le titre T'es pas mort (Le Seuil, coll. « Point virgule », 1982).

Antonio Skármeta est connu pour avoir écrit El cartero de Neruda (Une ardente patience), qu’il a adapté en scénario, celui du film Le facteur de Michael Radford, avec Philippe Noiret dans le rôle de Pablo Neruda. Selon la loi qui dit que quand on apprend un nom on le retrouve partout, il a également écrit la pièce de théâtre El plebiscito (le plébiscite de 1988 qui a mis fin au pouvoir de Pinochet), dont l’adaptation à l’écran par le réalisateur chilien Pablo Larrain vient de sortir, sous le titre No, avec Gael Garcia Bernal.

Merci à C. pour cette découverte.


Référence

– Antonio SKÁRMETA, No pasó nada [1980], Barcelone : DeBolsillo, 2009, 123 p (en espagnol).

– Notice d'Antonio Skármeta sur le site de Memoria chilena, bibliothèque nationale numérique (en espagnol).

– Site de la maison d'édition DeBolsillo, du groupe Random House Mondadori (en espagnol).