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Vignes dans la vallée de l'Elqui

Repère de baba-cools de tous âges, de chercheurs d'énergie cosmique et d'amateurs d'OVNI, la vallée de l'Elqui est aussi (surtout ?) une région du Chili où le soleil se donne sans compter. C'est bien pour ça qu'on y cultive les vignes dont les fruits sont destinés à la fabrication du pisco (eau-de-vie de raisin), l'alcool chilien par excellence. Il est l'ingrédient de base du cocktail appelé « pisco sour » (prononcer [saweur]), qui se déguste absolument partout dans le pays.

On ne se lancera pas dans la question de savoir si le pisco est chilien ou péruvien, il est produit dans les deux pays. Ce qu'on peut dire, en revanche, c'est que si le Pérou possède une ville du nom de Pisco, le Chili a tenu à rebaptiser en 1936 le village nommé La Unión du nom de Pisco Elqui, histoire de brouiller les pistes ou de refaire l'histoire... mais surtout de faciliter le commerce de cet alcool.

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Quoi qu'il en soit, les conditions météorologiques sont si propices à la culture du raisin et à la vinification qu'on y trouve même du vin bio, oui, sans sulfites, une espèce rare au Chili : du vin qui ne donne pas mal à la tête après un ou deux verres. (Enfin, en réalité c'est un peu plus compliqué que ça, découvre-t-on après quelques jours sur place...) 

Dans cette douce vallée verdoyant avec le printemps – hémisphère sud oblige –, on souffre néanmoins de l'agressivité du climat semi-aride qui fait tant de bien aux bouteilles. Ceux qui ont voyagé à San Pedro de Atacama retrouveront une sensation connue de peau qui gratte et d'yeux qui piquent, la sécheresse nous rappelant que nous sommes constitués en moyenne de 65 % d'eau. Que ceux qui penseraient reconstituer leurs réserves à grandes rasades de pisco se souviennent que l'alcool déshydrate pour une sombre histoire d'hormone.

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Carte de la vallée de l'Elqui dessinée sur un mur de Vicuña

Si le fleuve Elqui naît en réalité à deux kilomètres de Rivadavia et se jette dans le Pacifique au niveau de La Serena, 75 kilomètres plus à l'ouest, on vous vendra pourtant de la vallée de l'Elqui jusqu'à Paihuano, Monte Grande et, bien sûr, Pisco Elqui.

Parce que la vallée de l'Elqui, c'est un monde à part, avec sa cohérence, et il s'étend bien au-delà de Rivadavia. On y croise des mobiles tintinnabulants, de belles montagnes sèches, un ciel très pur, des étendues de vignes dont certaines sont tout juste en feuilles en septembre, des confitures et des jus de fruits à gogo, des crèmes et des baumes de plantes variées aux effets fabuleux, du fromage de chèvre... et le souvenir de Gabriela Mistral.

Car la vallée de l'Elqui, c'est aussi la terre natale de Gabriela Mistral (de son vrai nom Lucila de María Godoy Alcayaga), poétesse et prix Nobel de littérature, auteure entre autres recueils de Sonnets de la mort (1914), Désolation (1922) et Poème du Chili (œuvre posthume). Omniprésente, elle nous accompagne de manière très prosaïque jusque dans notre porte-monnaie, puisque son visage a été choisi pour figurer sur tous les billets de 5 000 pesos.

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18-Septembre dans le village de Paihuano, 2012

Les rues des villages de la vallée sentent la glycine, et si Pisco Elqui est envahi par les touristes en cette semaine du 18-Septembre, jour de fête nationale célébrant l'indépendance du Chili obtenue en 1810 (voir article du 18 septembre 2010), la tranquillité est toujours de mise. Pour peu qu'on s'en éloigne un peu, on n'entend plus que le vent dans les feuilles des arbres... et les mobiles tintinnabulants.


Références

– Real Academia Española, article « Pisco » (en espagnol).
– Biblioteca del Congreso nacional de Chile, ministère de l'Intérieur chilien, ley 5798, instituant le changement de nom du village de La Unión en « Pisco Elqui » le 1er février 1936 (en espagnol).
– Ministère des Travaux publics chilien, Direction générale des eaux, « Cuenca del río Elqui », décembre 2004 (en espagnol).
– Encyclopédie Larousse, « Lucila Godoy, dite Gabriela Mistral » (en français).