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« Freine-toi avant de ne plus pouvoir freiner ! » – Campagne chilienne « Maneja tu vida », 2011 

Des inconscients au volant

Si vous connaissez les habitudes suicidaires des Croates au volant (est-ce le complexe du survivant qui incite les ex-Yougoslaves à risquer leur vie à tout bout de champ ?), vous ne serez pas surpris-e par la conduite chilienne.

Le dépassement de la limite de vitesse autorisée est une évidence, l’empiètement sur les distances de sécurité aussi, il va sans dire, et le Chilien aime vous coller l’arrière-train avant de se rabattre devant vous, non sans vous klaxonner copieusement pour l’avoir mis dans une situation délicate (du moins est-ce votre interprétation) si jamais il advient qu’un autre véhicule lui barre la route (car oui, quand on est sur une voie à double sens, il n’est pas rare de croiser des véhicules roulant dans l’autre sens). L’irresponsabilité érigée en modèle.

Vous vous en croyez quitte pour circuler à un rythme pépère ? Ne pensez pas être hors de danger, ce qui est valable dans un sens de circulation l’est dans l’autre, et toute route où la visibilité est inférieure à quelques dizaines de mètres est susceptible de receler un autre doubleur imprudent, avec lequel vous pourriez vous retrouver nez à nez.

Même combat dans la peau d’un piéton : il a intérêt à y regarder à deux fois avant de traverser sur le passage prévu à cet effet. Le conducteur n’aura aucune pitié. En cas de ralentissement ou de trébuchement, c’est le choc assuré. Un Chilien ne ralentit pas à la vue d’un piéton, c’est une règle d’or. Les cyclistes ne sont pas en reste.

 

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« Prédateurs du cycliste », du graphiste mexicain Eduardo Salles, www.cinismoilustrado.com, 2001 (voir traduction en note). Une classification qui s'adapte bien à la réalité chilienne.


Que fait la police ?

Me direz-vous. 

Côté prévention, en ce moment, une campagne dépassant le cadre de la sécurité routière professe des comportements exemplaires via des banderoles sponsorisées par une marque de gaz ou de salami : ne téléphonez pas en conduisant, surveillez vos enfants dans les endroits fréquentés, ne laissez pas des biens de valeur dans votre véhicule…

En 2011 la police a lancé « Maneja tu vida » (conduis ta vie), une campagne de prévention des accidents de la route (sponsorisée par Volvo, au passage – intérêt public, quand tu nous tiens… – avec la mise en ligne d'une video qui laisse perplexe). Elle a fait le choix de la pédadogie, comme le montre  « Nos somos juguetes » (Nous ne sommes pas des jouets). Rien à voir donc avec le genre de clips frappants auxquels nous a habitués notre éprouvante Sécurité routière nationale – ainsi le carrément trash Insoutenable de 2011 (âmes sensibles s’abstenir).

Cependant, au fil des campagnes diverses qui s'organisent via différentes associations, on en trouve de plus saisissants, comme celui-ci, de la campagne « La droga no sólo afecta al que la usa, nos afecta a todos » (La drogue ne touche pas seulement celui qui en prend, elle nous touche tous), diffusée par le Servicio nacional para la prevención y rehabilitación del consumo de drogas y alcohol (SENDA) et le gouvernement. Il croise les problématiques de la sécurité routière.

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« Si vous allez boire ne conduisez pas, vous prendrez ainsi soin de votre vie et de celle des autres », 2012.

Il paraît que les vidéos des campagnes de prévention les plus dures n’attirent que les voyeurs (ah bon…) et sont loin de toucher la majorité du public, alors tablons sur les moins choquantes, comme cette vidéo de la campagne « Números que impactan » (Des chiffres percutants), mise en place pour une durée de deux mois dans la région de Santiago par l’Asociación chilena de seguridad, la mutual de Trabajadores (ACHS), l’instituto del Trabajo (ISP) et l’Intendencia metropolitana. 

Certains carabineros font leur campagne à domicile, comme à Laraquete, aux abords de Concepción, où ils ont installé une voiture accidentée à l’entrée de la ville, devant un poste de contrôle, assortie de ce message : « Si vas a beber, deja la llave. » (Si tu vas boire, laisse la clef.)

Bref, la police s’active côté communication et panneaux de signalisation, même s’il faut bien reconnaître que ses propres marquages au sol ne semblent pas relever des principes de prudence héritées de l’expérience des accidents. Au hasard, le marquage autorisant le dépassement, souvent malvenu.

 

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Un chauffard chez les professionnels ? Plaignez-vous à son employeur !

 

Côté répression il y a paraît-il pas mal de contrôles de vitesse, de papiers, de radars. Il faudrait conduire plus souvent au Chili pour pouvoir en juger. Cependant la législation n'est pas tout à fait en phase avec la prévention. Une campagne en cours utilise des affiches incitant (verbalement) au port de la ceinture, même à l’arrière (ce n'est pas obligatoire), ce qui fait doucement rigoler quand on voit les Chiliens s’entasser à l’avant comme à l’arrière, bébés sur les genoux. Or, sans règles et sans répression, ça semble une loi répandue que les conducteurs peinent à s'autodiscipliner.

À Concepción on préfère mettre les carabineros à temps plein à l’aéroport pour vérifier que les places de dépose-minute restent libres plutôt que sur des routes où les chauffards pullulent. C’est un choix.

 


Références

– Site de la campagne « Maneja tu vida » (en espagnol).

– Site de la Sécurité routière en France. Toutes les campagnes y sont consultables (en français).

– Eduardo SALLES, « Depredadores del ciclista », www.cinismoilustrado.com (en espagnol). Légende : à gauche : Animal / Arrogant / Tête de nœud / Fils de pute. À droite : Chiens mal élevés / Livreurs / Voitures « tunées » / Riches connards / Employés de bureau frustrés / Mamans névrosées / Chauffeurs de taxi / Transport public.