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Les bus Petoch, qui pourraient prêter leur nom à d'autres

Comment sous-estimer les chiffres des victimes

Les habitudes de conduite font donc frémir au Chili. Mais qu’en est-il des statistiques censées nous éclairer sur leurs conséquences réelles ? La police récolte des informations sur les conditions dans lesquelles ont lieu les accidents. D’après ces chiffres, la Comisión Nacional de Seguridad de Tránsito (Commission nationale de la sécurité routière) a dressé un document disponible en ligne.

En 2010, le Chili a déploré 58 000 accidents de la route, à l’origine de 1 595 morts. Si ça paraît peu comparé à l’Argentine (7 659, pas loin d’un mort toutes les heures) ou à la France (4 172), c’est certes que le Chili ne compte que 17 millions d’habitants contre 40 et 65 millions respectivement.

Mais à y regarder de plus près, c’est aussi que la commission prend en compte les décès survenus dans les 24h, et non dans les 30 jours suivant l’accident, comme le font, à l’image de la France et de l’Argentine, ceux qui suivent le critère international le plus généralisé. Une différence de taille.

Les causes des accidents

Les chiffres sont précis mais la répartition des causes est à prendre avec des pincettes. Certaines formes de non-respect du code de la route entrent dans la catégorie « imprudences », qui contient elle-même la cause « imprudence »… L’usage de la drogue et la fatigue sont mises dans le même sac, les problèmes mécaniques sont distincts de la perte de contrôle du véhicule… Bref, à chacun ses regroupements.

En 2010 au Chili, les carabiniers ont donc dénombré, concernant les causes les plus fréquentes de décès :

– le non-respect de la signalisation de la part du conducteur, imprudence, non-respect du code de la route (395) ;
– l’imprudence du piéton ou non-respect du code de la route (339) ;
– la perte de contrôle du véhicule (326) ;
– l’usage de l’alcool par le conducteur (202) ;
– une vitesse non adaptée (125) ;
– l’usage de l’alcool par le piéton (91).

Le chauffard au quotidien

Peut-être faut-il y ajouter une cause structurelle : les feux tricolores (semáforos) s’enchaînent sans temps mort dans un croisement. Un piéton qui commence à traverser au feu vert peut se retrouver au rouge quelques pas plus tard, au même moment où les voitures de la rue perpendiculaire démarrent (si elles n'ont pas pris d'avance sur le feu). Tant pis pour lui, il devra courir (en priant).

Ne jamais au grand jamais entreprendre la traversée quand le piéton vert se met à clignoter (une habitude française qui peut vous coûter cher au Chili), encore moins en dehors des passages cloutés (la tentation est pourtant forte pour échapper aux chiens errants les moins débonnaires).

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Un panneau mexicain dont le Chili (comme d’autres) pourrait s’inspirer : « Le piéton a la priorité – de préférence vivant, s’il vous plaît », www.procontreras.org.

Autre risque pour ledit Français, conducteur étranger qui fait ici son mea culpa : se transformer à son tour en dangereux chauffard pour des raisons culturelles. En effet, dans ce quadrillage de rues à sens unique où les panneaux « sens interdit » se font rares, il ne l’est pas qu’il se retrouve momentanément à contre-sens…

Les animitas, une aide au bord du chemin

Il ne faut donc pas d'étonner de la ribambelle de cénotaphes (du grec « kenos », vide, et « taphos », tombe) qui suit l’asphalte (ou la piste) dans tout le pays. Ce sont les « animitas », des petites chapelles érigées par les familles en hommage aux victimes de la route.

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Une animita sur la route entre Cañete et Concepción

La mort de ces anonymes, caractérisée par la violence et l’injustice, leur confère un statut à part. Ils aident les vivants en échange de leurs prières. Selon le théologien chilien Bentué, cité par Donoso, lui-même cité par José Enrique Finol…, « Les animitas sont un mélange, un synchrétisme, qui tient de l’Espagne le culte de la vierge du Carmen, à laquelle on peut demander de l’aide, et du monde indigène le culte des aïeux et l’idée que les morts restent à nos côtés, de la même manière que les Mapuches croient que leurs ancêtres sont dans les nuages, leur offrant leur protection. » (Traduction approximative.)

Pour conclure et pour ceux qui ne compteraient pas (que) sur ces bonnes âmes

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Campagne de la Sécurité routière, France, 2010.

 


Références

– Ministère des Transports et des Télécommunications chilien (en espagnol).

– Statistiques de la Conaset : siniestros de tránsito y consecuencias según Causa, año 2010 (en espagnol). 

– Les chiffres pour l’Argentine sont introuvables sur le site du secrétariat aux Transports, peut-être n'est-ce pas sans rapport avec le fait qu'il faut aller le chercher au sein du ministère de la Planification fédérale, de l'Investissement public et des Services. En revanche on les trouve sur le site Luchemos, organisation similaire à la Prévention routière en France (en espagnol).

– Ministère de l’Intérieur, de l’Outre-mer, des Collectivités territoriales et de l’Immigration, bilan de l'année 2010 pour la sécurité routière (en français). 

– José Enrique FINOL, sémiologue et anthropologue vénézuelien, et David Enrique FINOL, « Para que no queden penando… » Capillitas a la orilla del camino : una microcultura funeraria, Maracaibo, Vénézuéla : université du Zulia et université catholique Cecilio-Acosta, colección de semíotica latinoamericana n° 7, 2009 : « Las animitas son una mezcla, un sincretismo, que toma de España el culto a la Virgen del Carmen, a la que se le puede pedir favores, y que toma del mundo indígena el culto a los antepasados y la idea de que los muertos se quedan cerca nuestro, tal como los mapuches creen que sus ancianos están en las nubes, protegiéndolos. »