Cette interview est également en ligne sur le site de Mediapart.

Comme promis, j'ai le plaisir de publier l'interview du réalisateur Cristián del Campo Cárcamo, auteur du documentaire sur le mouvement étudiant de 2011 au Chili, La primavera de Chile. Une fois n'est pas coutume, le texte est également disponible en espagnol (voir plus bas). Tous mes remerciements à Clément Goutagneux pour la traduction et l'adaptation qu'il en a faites en français.

La primavera de Chile. El despertar de un pueblo a través de la lucha de sus estudiantes, sorti cette année au Chili (voir article du 7 août 2012), retrace l’histoire du mouvement étudiant de 2011 au Chili. Il va également en chercher les racines dans l’héritage néolibéral de la dictature d’Augusto Pinochet (1973-1990).

Cristián del Campo Cárcamo est l’auteur de ce documentaire partisan, émaillé d’interviews de chercheurs et de représentants des syndicats de lycéens et d’étudiants. Les revendications de fond (une éducation gratuite et de qualité pour tous) sont restées sans réponse véritable de la part du gouvernement de Sebastián Piñera. Alors que le mouvement se poursuit dans une moindre mesure en 2012, le réalisateur revient sur les problématiques liées à ce mouvement social. 

La Primavera de Chile

Le Chili a-t-il connu le droit à une éducation gratuite par le passé ?

Oui, à partir des années 1950, avec les premiers gouvernements radicaux. L’exode rural a facilité l’arrivée du centre-gauche au pouvoir. L’éducation gratuite s’est répandue jusqu’au gouvernement de Salvador Allende [président socialiste du Chili de 1970 à 1973, renversé par le putsch d’Augusto Pinochet]. Ce sont les Chicago Boys [économistes néolibéraux chiliens formés par l’université de Chicago qui participèrent activement aux gouvernements de la dictature militaire jusqu’en 1990], avec l’aide de Pinochet, qui l’ont démantelée.

Par quoi le changement de modèle a-t-il débuté et comment fonctionne l’éducation au Chili aujourd’hui ?

Pendant la dictature, la gestion des affaires économiques a été confiée à des ingénieurs formés à Chicago. C’est Friedman [économiste américain de l’université de Chicago, d'inspiration libérale, très influent et populaire dans les années 1980 pour ses idées sur les privatisations et la déréglementation, célèbre pour sa lettre adressée le 21 avril 1975 à Augusto Pinochet] lui-même qui a donné le coup d’envoi des réformes et c’est ainsi qu’ont été initiés les funestes modèles qui ont mené à la libéralisation de l’éducation, à la libéralisation de la santé et à la libéralisation des retraites… Comment expliquez-vous que nous en soyons arrivés là ?

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Gabriel Salazar, historien chilien.
Image : Cristián del Campo Cárcamo, 2011

Quand avez-vous commencé à tourner, et quand avez-vous pensé faire de ces images un film ? 

En mars 2011, je travaillais pour l’édition en ligne de Radio Universidad de Chile [http://radio.uchile.cl]. J’y réalisais des reportages vidéo de format court. Peu à peu, les manifestations étudiantes devenaient le sujet incontournable. Au fur et à mesure que les semaines passaient, davantage de personnes rejoignaient le mouvement et de plus en plus d’écoles et d’universités se retrouvaient bloquées. Au cœur des revendications : une éducation gratuite et la fin des profits. Parallèlement, le gouvernement portait quelques sales coups au mouvement en proposant des accords qui n’avaient rien à voir avec cette revendication sociale. En octobre, lorsque la table ronde entre les étudiants et le gouvernement a été interrompue, nous avons pris conscience qu’il y avait une histoire à raconter. C’est là que nous avons décidé de faire le documentaire. Nous nous sommes mis à interviewer les dirigeants des mouvements étudiants et des mouvements sociaux qui portaient la revendication. Nous avons essayé de faire de même avec les autorités, mais nous n’avons reçu aucune réponse. Nous avons finalement décidé que ce serait le documentaire des étudiants, avec le discours qu’eux-mêmes avaient construit.

Vous avez tenu à un travail autofinancé [via la maison de production El Faro]. N’est-il pas possible, actuellement, au Chili, de monter des projets de manière indépendante tout en bénéficiant d’aides publiques ? Je pense au « Fondart » [fonds publics destinés à la culture], par exemple ?

C’est effectivement possible, mais je crois que notre projet ne s’y prêtait pas. Lors des procédures de candidature au « Fondart », nous étions en plein tournage et nous fonctionnions avec une équipe réduite. Par conséquent, nous aurions dû arrêter de tourner pour préparer un dossier de candidature et répondre aux divers critères d’admissibilité. Et nous pouvions nous imaginer que notre dossier allait être écarté, puisque notre documentaire faisait le procès du gouvernement de Piñera [surnommé le « Berlusconi chilien », cet homme d’affaires milliardaire, étiqueté centre-droit, gouverne le Chili depuis le 11 mars 2010]. La crise atteignait par ailleurs son point critique. Le fait que le documentaire puisse porter le logo du gouvernement chilien ajoutait une difficulté, dans la mesure où nous le considérions comme illégitime et corrompu. Nous avons donc finalement opté pour l’autofinancement, ce qui ne signifie pas que nous ne ferons jamais appel à l’État pour financer des projets audiovisuels d’un autre genre.

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« No más represión » (Plus de répression).
Image : Cristián del Campo Cárcamo, 2011

Le processus de ratification de la loi dite « loi Hinzpeter » (voir article du 9 juillet 2012) suit son cours à la chambre des députés. Si elle est adoptée, elle réprimera sensiblement la liberté d’expression sous prétexte de « renforcer le maintien de l’ordre public ». À l’avenir, qu’est-ce qui pourrait changer pour des projets comme le vôtre ?

Appelons un chat un chat : les procédures de censure et de répression existantes n’en seront que plus expéditives. L’histoire de ce pays montre toutefois que le cadre légal ne change pas grand-chose dès lors qu’il s’agit de défendre les intérêts des puissants. Au Chili, cela fait des années que des répressions cruelles s’abattent sur le peuple lorsque ceux qui détiennent le pouvoir se sentent menacés. Des événements tragiques comme le massacre de Santa María de Iquique [port de l’extrême nord du pays] (1907, 3 600 mineurs et leurs familles furent criblés de balles) [Le chiffre qui fait consensus est de 2 200 personnes, mais il est sujet à caution] ont eu lieu alors que le Chili était considéré comme une démocratie exemplaire.

Pendant la dictature, la junte s’est retranchée derrière des lois illégitimes ou s’est mise elle-même hors la loi, avec les résultats terrifiants que nous connaissons tous [3 200 morts et « disparus », environ 38 000 personnes torturées selon les rapports officiels dont les chiffres sont considérés comme sous-estimés, plusieurs centaines de milliers d'exilés, instauration d’une politique économique néolibérale à grands coups de privatisations]. Une forte répression, c’est aussi ce qui a caractérisé la nouvelle démocratie, avec des affaires tristement célèbres qui ont vu des membres de la communauté mapuche [aborigènes de la zone centre-sud du Chili et de l'Argentine qui représentent plus de 87 % des populations indigènes. Spoliés de 90 % de leurs terres, ils sont frappés au Chili par une loi antiterroriste datant de Pinochet quand des conflits les opposent à des entreprises privées ou des grands propriétaires terriens.] être assassinés par la police, des enfants être torturés ; ou cette autre affaire qui a visé Elena Varela. Cette documentariste a été accusée de financer des groupes armés avec les subventions attribuées par l’État pour réaliser son documentaire sur le peuple mapuche. La police a saisi ses enregistrements et ne les lui a jamais rendus. Elle a été incarcérée pendant presque deux ans, elle a finalement été libérée, innocentée par la justice. Qui va lui rendre ces deux années de sa vie ou le fruit de son travail ?...

Au Chili, un carabinier peut procéder à un contrôle d’identité puis à votre arrestation immédiate sans même que vous ayez cherché à le provoquer. C’est ce qu’on appelle la « retención », une garde à vue qui permet de vérifier vos antécédents judiciaires. Au bout d’une heure ou deux, on vous remet en liberté, mais c’est le règne de l’arbitraire. Dans la rue, la police se sent en droit de procéder à des arrestations et de confisquer les appareils de qui filme ou photographie sans carte de presse. Le premier article de la loi sur la liberté de la presse énonce pourtant que tout Chilien bénéficie du droit d’informer, qu’il soit ou non journaliste [loi 19 733].

La « loi Hinzpeter » ne fera donc que renforcer ces mécanismes qui visent à criminaliser ceux qui luttent pour le changement ou ceux qui procèdent à des enregistrements pour constituer des preuves de la répression. Mais voilà, la criminalisation et la répression existent depuis déjà fort longtemps et à l’heure actuelle, tant la droite que la Concertation [coalition de partis politiques du centre et de la gauche au pouvoir entre le référendum qui a démis le général Pinochet de ses fonctions en 1990 et l’élection de Sebastián Piñera en 2010] doivent en assumer la responsabilité à parts égales.

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« Guanaco », char du nom du camélidé qui, comme lui, crache.
Image : Cristián del Campo Cárcamo, 2011

Les mouvements sociaux de l’an dernier (liés aux prisonniers mapuches, au projet hydroélectrique HydroAysén en Patagonie, aux travailleurs du cuivre, aux étudiants) présentent-ils, à votre avis, des similitudes ?

Ils en ont beaucoup. Les grands problèmes de ce pays sont profondément liés aux injustices sociales qui, elles, datent d’avant la dictature, mais que Pinochet a énormément renforcées. De plus, le « cogobierno », l’entente au plus haut niveau de l’État entre la droite et la Concertation, n’a cessé de les renforcer. La Concertation est doublement responsable, car c’est elle qui a incarné le désir d’une rupture avec le modèle néolibéral de la dictature, et c’est elle qui n’a fait que le reproduire et lui donner du poids, tel le domestique au service de la droite économique qu’elle est devenue. Aujourd’hui, ce sont ses maîtres qui nous gouvernent.

Pourquoi les universités ont-elles repris les cours en 2012 ?

Parce qu’au Chili il est difficile de rester en grève aussi longtemps. Il faut continuer à payer les droits d’inscription, ce qui donne lieu à des crises internes chez les familles pauvres qui se sacrifient pour les régler. De plus, ce mouvement ne parvient pas encore à mobiliser le monde du travail, celui qui aurait le pouvoir de mettre à bas le modèle actuel.

Les étudiants n’y peuvent rien : depuis 30 ans la société chilienne est formatée de telle sorte que le syndicalisme soit diminué. Ce formatage en bonne et due forme démobilise les organisations et en fait des marionnettes manipulées par les gouvernements successifs. L’arsenal législatif permet en outre au patronat de réprimer toute tentative de rébellion de la part du travailleur. [Au Chili, la syndicalisation reste un choix individuel et volontaire mais le droit de grève est fortement encadré. Il ne peut être exercé que ponctuellement, à la suite de négociations prévues dans un calendrier préétabli par une convention collective. Certaines personnes ne sont pas autorisées à faire grève, comme les fonctionnaires de l’État et des municipalités et celles qui exercent une activité dont la paralysie peut nuire à la santé publique, à l’économie nationale, au ravitaillement des populations ou à la sécurité nationale.]

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Dark Vador soutenant le mouvement étudiant, pour la fin des profits dans l'éducation.
Image : Cristián del Campo Cárcamo, 2011

Comment le mouvement a-t-il été traité par les médias ? Par quel biais peut-on s’informer au mieux ?

Internet, c’est là qu’on trouve la vérité. La télévision chilienne ment, elle est pauvre en idées et elle est financée par ceux qui dirigent le pays. Elle n’a de cesse de mettre en œuvre la logique de l’écran de fumée, en retirant du feu des projecteurs les débats vraiment importants et en programmant des émissions « people » qui détournent l’attention des vrais problèmes. C’est malheureux mais c’est cette télé qui reste allumée toute la journée dans encore beaucoup trop de foyers.

Nous devons créer une chaîne alternative qui propose de la culture, des débats et de l’information aux téléspectateurs chiliens. Ce qui est mis en ligne sur le net ne suffit pas, il faut faire concurrence aux chaînes traditionnelles. Nous avons besoin d’aide car nous n’avons pas l’argent qui nous permettrait de le faire.

À votre avis, qu’est-ce qui a fait du mouvement étudiant un succès ?

Il a réveillé les consciences chez un grand nombre de citoyens, d’où le nom du documentaire. Ces citoyens ont répondu massivement en participant aux manifestations de cette année, ils débattent des questions politiques, mettent en cause la corruption du gouvernement et celle des entreprises. C’est un mouvement qui grandit… C’est peut-être encore loin d’être un contre-pouvoir, mais il va sans aucun doute dans la bonne direction. Cette prise de conscience collective et populaire, on la doit en grande partie au mouvement étudiant.

Québec et Chili : même combat ?

C’est possible. Je ne connais pas en profondeur la situation de l’éducation au Canada, je sais seulement qu’il faut payer pour en bénéficier et à partir de là, c’est injuste. Mais, pour nous, qui appartenons au Sud, au tiers-monde, il ne s’agit pas seulement de la question de l’éducation. Quand bien même, ce sont des mouvements jumeaux, le monde entier est en train de se réveiller.

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Le président chilien Sebastián Piñera annonçant les mesures du « grand accord » : plus de bourses et des crédits plus économiques.
Image : Cristián del Campo Cárcamo, 2011

Le mouvement se poursuit. Avez-vous des projets qui lui sont associés ?

Nous voulons un Printemps 2, nous avons besoin de soutien, car ici nous l’obtiendrons difficilement. Mais au-delà d’une nouvelle mobilisation étudiante, puissent ces nouvelles manifestations déboucher sur une assemblée constituante populaire ! Rêver est un cadeau du ciel.

Votre film va-t-il sortir en Europe ? Au Canada ?

Il sera projeté dans différents festivals en Europe, au Canada et aux États-Unis. Nous sommes aussi à la recherche de distributeurs pour le DVD et espérons, d’ici un an, avoir réglé la question des droits pour l’exploitation à l’international.

 

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Camila Vallejo, présidente de la FECH (Federación de Estudiantes de la Universidad de Chile) en 2011.
Image : Cristián del Campo Cárcamo, 2011

Merci à Cristián del Campo d'avoir pris le temps de répondre à ces questions.

Traduction et adaptation : Clément Goutagneux.

 

ENTREVISTA A CRISTIÁN DEL CAMPO CÁRCAMO

Director de La primavera de Chile. El despertar de un pueblo a través de la lucha de sus estudiantes (2011).

¿Hubo un derecho a una educación gratuita en Chile, en el pasado?

Sí, a partir de los gobiernos radicales en los años 50 con la migración campo-ciudad se facilitó la llegada de la centro-izquierda al poder. La educación gratuita se profundizó hasta el gobierno de Salvador Allende. Los Chicago Boys junto a Pinochet la desmantelaron.

¿Cómo se inició el cambio de modelo y cómo funciona hoy la educación en Chile?

En la dictadura, la conducción de la economía fue entregada a ingenieros educados en Chicago, vino el mismo Friedman a dar el puntapié inicial, ahí comenzó el siniestro modelo de educación de mercado y salud de mercado, pensiones de mercado… ¿Cómo creen que estamos?

¿Cuándo empezó a rodar y cuándo pensó que iba a convertirse en una película?

En marzo de 2011 trabajaba para Radio Universidad de Chile Diario Electrónico, realizando notas audiovisuales. Las movilizaciones estudiantiles fueron tomándose nuestra pauta, semana a semana se sumaban más personas a las movilizaciones y había más colegios y universidades tomados. La demanda de educación gratuita y fin al lucro se hizo mayoritaria, por otro lado el gobierno hacía jugarretas proponiendo acuerdos que no tenían nada que ver con la demanda social. En octubre cuando se rompió la mesa de diálogo entre estudiantes y gobierno nos dimos cuenta de que había una historia que contar. Fue ahí cuando decidimos hacer el documental, nos dimos a la tarea de entrevistar a los dirigentes estudiantiles y sociales que defendían la demanda, también intentamos con las autoridades pero no hubo respuesta. Finalmente decidimos que fuera el documental de los estudiantes, con el discurso que ellos habían construido.

Quiso hacer un trabajo autogestionado [mediante la productora El Faro]. Hoy día en Chile, ¿no se pueden desarrollar proyectos de forma independiente y recibir financiación pública al mismo tiempo? Me refiero aquí al “Fondart” [fondos de cultura] por ejemplo…

Es posible, pero creo que éste no era el caso, el proceso de postulación al Fondart nos encontró en pleno rodaje y éramos un equipo pequeño. Por lo tanto, habríamos tenido que parar de rodar para realizar la postulación, que exige varios requisitos y sentíamos que existía una gran posibilidad de que nos dejaran fuera, ya que era un documental abiertamente contrario al gobierno de Piñera. La crisis estaba también en su peor momento. Además nos producía complicaciones que finalmente llevara el logo del gobierno de Chile, al cual encontramos ilegítimo y corrupto. Finalmente optamos por la autogestión, lo que no quiere decir descartar el financiamiento estatal en otro tipo de proyectos audiovisuales.

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La universidad se viste de pueblo.
Imagen : Cristián del Campo Cárcamo, 2011

Sigue debatiéndose el proyecto de ley “Hinzpeter”, en la cámara de diputados. En caso de que llegase a aprobarse, reprimiría la libertad de expresión bajo el pretexto de “fortalecer el resguardo del orden público”. ¿Qué podría cambiar para trabajos como el suyo en el futuro?

En rigor va a hacer más expeditos los procesos de censura y represión que existen, pero la historia de nuestro país demuestra que los marcos legales dan lo mismo a la hora de defender los intereses de los poderosos. En Chile se reprime cruelmente al pueblo cuando los poderosos se ven amenazados, y eso desde hace muchos años. Casos como la matanza de Santa María de Iquique (1907, 3.600 obreros y sus familias acribillados) sucedieron cuando Chile tenía una democracia considerada ejemplar.

En la dictadura operaron amparados por leyes ilegítimas y fuera de la ley de la misma dictadura, con los resultados horrorosos que todos conocemos. En la nueva democracia ha habido fuerte represión también, asesinatos de comuneros mapuches en manos de la policía, niños torturados y casos como la documentalista Elena Varela. A ella se le acusó de ayudar a grupos armados con el dinero que el estado le había otorgado para realizar un documental sobre el pueblo mapuche. La policía le incautó las cintas y nunca las devolvieron, estuvo presa casi dos años y finalmente salió libre siendo considerada inocente por la justicia. ¿Quien le devuelve esos años o su trabajo?…

En Chile un carabinero te puede pedir tu identificación personal y llevarte detenido sin mediar acto de provocación, es el concepto de “retención” para verificación de antecedentes, después de una o dos horas te sueltan, pero es absolutamente arbitrario. En la calle la policía se siente con el derecho a detener y quitar cámaras a quienes graban o fotografían sin identificación de un medio de prensa. Sin embargo la ley de prensa acuerda en su primer artículo que éste es un derecho de cualquier chileno, sea reportero o no [ley 19.733].

La ley “Hinzpeter” profundizará los mecanismos para criminalizar a quienes luchan por cambios o registran la represión. Pero será eso, la criminalización y persecución ya existen desde hace mucho rato y de ellas hoy son igual de responsables la derecha y la Concertación.

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Represión de una marcha por la educación.
Imagen : Cristián del Campo Cárcamo, 2011

¿En su opinión, se parecen en algo los movimientos sociales del año pasado –presos mapuches, HydroAysén, trabajadores del cobre, estudiantes…?

Mucho, los grandes problemas de este país tienen que ver con la inequidad, que es de antes de la dictadura, pero que Pinochet profundizó mucho más. Además, el cogobierno de la derecha y la Concertación siguieron profundizándola. La Concertación tiene una doble responsabilidad, porque ellos encarnaban el deseo de romper el modelo neoliberal de la dictadura y lo que hicieron fue continuarlo y acrecentarlo, como sirvientes de la derecha económica. Hoy gobiernan sus jefes.

¿Por qué se reanudaron los cursos universitarios en 2012?

Porque en Chile es difícil mantenerse en paro tanto tiempo. La colegiatura se la siguen cobrando, con lo cual las familias pobres que pagan con mucho esfuerzo entran en una crisis interna. Asimismo este movimiento aún no logra movilizar al mundo laboral que sería el que podría poner en jaque al modelo. Eso no es responsabilidad del estudiante: durante 30 años se ha formado un marco que no permita tener fuerza sindical, desmovilizando a las organizaciones, volviéndolas títeres de los gobiernos y con una legalidad que permite al empresariado castigar cualquier inicio de rebeldía por parte del trabajador.

¿Cómo fue tratado el movimiento por los medios de comunicación? ¿Con qué médio se informa mejor?

Internet, ahí está la verdad. La TV chilena es mentirosa y pobre de ideas, es pagada por los dueños del país. No deja de usar una lógica de cortina de humo, sacando el foco de los debates de lo realmente importante, con programas de farándula que desvían la atención. Lamentablemente el televisor está prendido todo el día aún en muchas casas.

Necesitamos hacer un canal de TV alternativo en Chile. Cultura, reflexión, información. No basta con lo que se sube a la red, necesitamos competir con una señal de aire. Necesitamos ayuda, porque nosotros no tenemos dinero suficiente.

A su parecer, ¿en qué radica el éxito de este movimiento estudiantil?

Despertó a una parte importante de la ciudadanía, de ahí el nombre del documental. Esa parte de la ciudadanía ha respondido de forma masiva en las marchas de este año, debate la política, critica la corrupción de gobierno y empresarial. Es un movimiento en acenso… Quizás aún lejos de ser poder, pero sin duda va hacia allá y en este proceso de fortalecimiento popular el movimiento estudiantil ha tenido una gran responsabilidad.

¿Quebec y Chile: misma lucha?

Es posible. No conozco a fondo la situación de la educación en Canadá, solo sé que hay que pagarla y eso ya es injusto. Sin embargo nosotros estamos en el sur, en el tercer mundo, acá no es solo la educación. Sin embargo hay un hermanamiento de los movimientos, hay un despertar mundial.

Sigue este movimiento. ¿Tiene proyectos vinculados con él?

Queremos una Primavera 2, necesitamos apoyo, pues acá será difícil conseguirlo, pero por sobre todo la movilización estudiantil, ojalá terminara con una asamblea constituyente popular. Soñar es un regalo divino.

¿Va a estrenarse su película en Europa? ¿En Canadá?

Se va a Europa, Canadá y EE.UU. a distintos festivales. También estamos explorando distribuidores para el DVD y en un plazo de un año liberar el material.

Muchas gracias a Cristián del Campo por haber contestado a mis preguntas.