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Un couple de parfaits inconnus se retrouve dans une chambre de motel. Plan rapproché, flou du mouvement des draps, discontinuité des images, continuité sonore, on se perd dans l’union urgente des corps, mêlés, cette intimité étrange aux apparences de légèreté.

La caméra s’éloigne, les visages apparaissent, et avec eux des individualités soudain séparées, forcément complexes, renvoyées à l'étrangeté de leur situation, aussi crue que l'est la photographie. Les deux inconnus cherchent un sens à leur présence, s’identifient. Un prénom, puis des anecdotes, petites touches d’un tableau dont ils ne verront, croient-il, jamais l’ensemble, mais qu’ils brûlent de peindre à l’autre, de voir de l’autre.

Le spectateur accède à ce fantasme évoqué par l’homme, Bruno, celui des caméras qu’il disposerait dans toutes les chambres s’il avait un motel, pour voir la vraie vie des gens. Caméra à l’épaule, Matías Bize filme avec une crudité que l’authenticité rend étonnamment poétique cette rencontre des corps et des sensibilités.

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Bruno (Gonzalo Valenzuela) et Daniela (Blanca Lewin,
l’actrice de Bombal)

Bruno et Daniela, oscillant entre distance et besoin d’intimité affective, se livrent avec une étonnante confiance, avec un étonnant désir de révéler l’essentiel, partagés entre l’envie d’un avenir commun qui pourrait se dessiner et celle de déposer là leurs souffrances cachées pour mieux retourner à leur vie, entendus, reconnus, soulagés de ce poids.

On peut regretter une certaine lourdeur de la réalisation, quand elle verse dans des dispositifs inutiles, ou un léger surjeu de l’acteur qui paraît confondre par moment émotion, attirance et admiration béate. Si ça détonne c'est plus que la réussite du film tient en grande partie à la finesse des silences, des regards, des expressions qui dévoilent la gêne ou l’attente, des sentiments changeants, et qui surprennent les personnages eux-mêmes dans ce lieu porteur de mille clichés.

Le scénario de Julio Rojar et la caméra de Matías Bize offrent une version d’une belle rencontre, quand la poésie s’accommode de la réalité et de ses manques, de la souffrance, des hésitations, de l’agressivité, de la frustration de chacun pour apparaître dans un échange aussi entier et intense qu’il est suspendu entre un rêve de vie à deux et la perspective de le réduire à néant.


Référence

Matías BIZE, En la cama [Au lit], 2005, production germano-chilienne, 85 mn.