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C’est la première des trois maisons qu’il ait bâties, et la dernière qu’il ait habitée, celle où il a écrit Canto general (Chant général). Sur le terrain de la sans-nom d'Isla Negra, à 1h30 au sud de Valparaíso, Pablo Neruda a été enterré aux côtés de sa Matilde, au bord de la mer, dans un décor fabuleux. La maison, longue comme un train, bat des records de collectionnite.

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D'ailleurs la décoration est extrêmement poussée puisqu’elle s’étend jusqu’au jardin où trône… une locomotive. De l’autre côté, un bateau côtoie une ancre gigantesque et une partie de la maison prend la forme d’une roulotte. C’est ici qu’il a construit son plus beau bar, véritable café à la touche française, où plusieurs tables rondes attendent les invités.

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Alors qu’on peut – après tout – imaginer des gens vivre dans les deux autres maisons nérudiennes, celle-ci s’apparente davantage à un musée. Elle a d’ailleurs été agrandie pendant des années, au fur et à mesure que Neruda ramenait du monde entier des objets achetés ou qui lui avaient été offerts en sa qualité de consul du Chili en Birmanie, en Inde, en Argentine, en France…

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On se prend à imaginer l’envahisseur au jour le jour, squattant l’espace tant par ses trésors que par sa personnalité d’animateur, mais ses trois femmes successives ne sont plus là pour en parler.

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Proues, maquettes de bateau, instruments de navigation, masques asiatiques et africains, statuettes, coquillages… les salles se suivent et ne se ressemblent pas. De bateau la maison se transforme en train, sur le thème du voyage, conduisant comme toujours son hôte vers le point ultime : le bureau, dont la planche a été apportée à Neruda comme un cadeau de la mer.

Où l’on pressent l’imagination fourmillante de ce poète du quotidien, qui se plaisait à donner à sa vie une dimension mythique.

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Sans trop se prendre au sérieux ? Qui sait. Un petit pied de nez du diplomate pour finir, vingt ans après sa première nomination :

Naissez idiot en Roumanie,
vous ferez votre carrière d’idiot.
Soyez idiot en Avignon

votre qualité est connue
des vieilles pierres de la France,
des écoles, des gamins qui
se moquent bien des métairies.
Mais naissez idiot au Chili,
on vous fera sans plus tarder ambassadeur. 

Pablo Neruda, « Diplomates » (1948), « La Chascona », Chant général (trad. Claude Couffon), Paris : Gallimard, coll. « NRF Poésie », 2009 (1re éd. 1977), page 217.

Réserver votre visite guidée (l'endroit est très couru), puis acheter un ticket de bus (aller seulement) au terminal de Valparaíso peu de temps avant votre départ (pas de vente en avance, mais les départs sont fréquents et les bus peu occupés). Compter 1h30 de voyage jusqu’à Isla Negra (qui n’a par ailleurs rien d’une île). Il faut ensuite suivre un petit sentier qui descend vers la mer, entre de belles maisons, pour atteindre la propriété-musée de Neruda. Pour le retour, attendre patiemment à bord du nave imaginaria – cet abribus truffé de bouteilles de verre, non loin de là où vous avez été déposés – un bus qui se rend à Valparaíso. Il se peut que ça prenne entre 30 et 45 mn…


Références

Histoire des trois maisons, photos et informations pratiques disponibles sur le site de la fondation Pablo-Neruda (en anglais, espagnol, allemand et italien).