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À votre installation, le capitalisme sud-américain vous sautait aux yeux (voir article du 8 septembre 2010), et ce d’autant plus que, dépourvu de presque tout, vous vous trouviez réduit à acquérir jusqu’à la fourchette grâce à laquelle vous pourriez bientôt goûter votre premier guacamole. L’occasion de faire connaissance avec toutes les grandes enseignes de la ville.

Et là, vous avez assisté à cet étrange phénomène qui signe un trait culturel spécifique (certes récent), reconnaissable au fait que vous ne l’aviez jamais vu pratiquer ailleurs de cette manière, et ici par tout le monde. Quel est ce savoir-faire étonnamment partagé ? L’emballage systématique du moindre achat – fût-il énorme (une batterie de cuisine), minuscule (trois petites cuillères) ou encombrant mais plus facile à porter sans sac qu’avec (... un porte-manteau) – de manière qu’il termine en prenant la forme d’une valise.

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Inutile de jouer les écolos fraîchement convertis en avisant la vendeuse que vous n’êtes pas de ceux qui réclament l’inutile : « Tengo que hacerlo. » (« Il faut que je le fasse »), vous répond-elle. Quelle est cette nécessité impérieuse à l’origine de cet empaquetage obsessionnel ? Le besoin de rendre la détection de l’achat légal aisé au vigile posté à l’entrée du magasin ? Celui de vous faire promener les couleurs de l’enseigne à travers la ville, vous transformant ainsi en VRP malgré vous ? Ou bien celui d’afficher son opulence en dispensant sans compter des sacs plastiques résistants ? (Cette dernière hypothèse vous étant soufflée par l’exemple malien, à ceci près que la qualité desdits sacs les limite à un usage unique, transformant rapidement le paysage en une performance de land art à base de plastique noir.)

Quoi qu’il en soit, le geste est sûr et la technique au point, puisque l’achat ainsi ficelé prendra la forme d’une solide valise, à l’aide de cette poignée reconstituée par les Christo en herbe de la boutique. Vous voilà muni d’un sac conforme. Vous pouvez circuler.