Violeta_se_fue_a_los_cielos

Le chant pour se réjouir, pour offrir, mais aussi pour conjurer la détresse et la peur, à l’image des mélodies que fredonne l'héroïne de Fausta, la teta asustada de Claudia Llosa. La peur d’une petite fille qui a assisté aux accès de folie de son père, la peur d’une femme qui voit son rêve d’amour et de partage de la musique lui filer entre les doigts.

Violeta, c’est Violeta Parra (voir article du 7 décembre 2010). Celle qui s’efforça de faire perdurer la mémoire du folklore chilien en allant collecter paroles et musiques dans les recoins du campo (campagne), en tâchant de convaincre les anciens de transmettre leurs trésors d’enfants.

Violeta se fue a los cielos (Violeta s’en est allée au ciel), c’est la rencontre d’une icône de la musique chilienne et d’une figure montante du cinéma chilien, Andrés Wood. Après Machuca (Mon ami Machuca, 2004) et La buena vida (2008), il adapte librement le livre éponyme d’un des fils de Violeta Parra devenu chanteur, Ángel Parra. Le projet de Raoul Ruiz, récemment décédé, a finalement vu le jour, à sa manière.

Andrés Wood croise de multiples récits de la vie de la chanteuse. Enfance, voyage en Pologne, histoire d’amour avec le Suisse Gilbert Favré, créations plastiques, entrevue télévisée, exposition au Louvre, représentations diverses... les récits se répondent ou résonnent sur une musique tantôt jouée à l’écran, tantôt off. Elle traverse et lie les séquences et la chronologie d’une histoire mouvementée, vécue avec les tripes.

Humour, passion, orgueil, colère, l’actrice principale, Francisca Gavilán, montre avec talent les différentes facettes d’une femme à la fois déterminée et perdue, qu’Andrés Wood filme sans excès. Une femme apparemment fidèle à cette parole qu’elle a lors d’une interview : « La canción es un pájaro sin plan de vuelo que jamás volará en línea recta. Odia las matemáticas, ama los remolinos. » (La chanson est un oiseau sans plan de vol qui ne volera jamais en ligne droite. Déteste les mathématiques, aime les remous.)

Cet article est également paru dans le magazine culturel en ligne MicMag le 30 août 2011, sous le titre « Violeta Parra : une icône de la musique chilienne à l'écran ».