lucas

Votre vocabulaire est étoffé et votre conjugaison repassée ? Il est temps d’approfondir, en passant aux chilénismes. Un chilénisme, qu’est-ce que c’est ? Pour le linguiste, c’est une expression « idiomatique » (propre à une langue), en l’occurrence l’espagnol du Chili. Pour vous, c’est un mot ou une expression dont vous n’apprendrez jamais l’existence avant d’avoir vécu cette situation délicieuse dans laquelle, armé de votre fidèle dictionnaire français-espagnol de poche ultra-usé, vous vous présentez avec l’assurance du bon élève pour demander 1 000 pesos de fresas ou expliquer que vous cherchez un piso para alquilar, et passez pour un ringard. Pire, pour un touriste.

C’est normal, ici on ne parle pas espagnol mais chilien, comme on parle québécois à Montréal, et quand on ne connaît pas, c'est mêlant. Les chilénismes s’acquièrent au fil du temps et au prix de votre humilité, celle de l’étranger qui accepte d’aller d’erreur en correction.
Au niveau deux, vous voilà admis à prendre connaissance des sésames de la rue, le « tu vois » français et le « fuck / fucking / fucker » américain, autant dire deux bombes linguistiques. Ici, ça se dit « cachai » et « huevón ». À caser sans modération pour un effet purement chilien. Le premier est directement issu de l’anglais « to catch » (saisir, comprendre), et se conjugue selon les règles citées au niveau 1 (voir article du 4 juin 2011). Le second, tantôt insultant, tantôt affectueux, s’écrit aussi « weón » et viendrait de « huevo » (œuf), par analogie avec des attributs masculins hypertrophiés qui ne laisseraient pas à leur porteur la possibilité de penser, le condamnant à passer pour un imbécile. En tout logique il ne devrait pas exister de féminin. C’est pourtant le cas.

Appelez donc votre huevón d’ami et demandez-lui de vous accompagner pour des visites de departamentos (appartements) à arrendar (louer). En retour, offrez-lui une michelada (une boisson mexicaine à base de bière et de citron, avec un peu merken elle devient chilienne) pour moins de deux lucas (billets de 1 000 pesos). Avec un peu de chance, il embarquera al tiro (immédiatement) la Claudia (toute ressemblance avec un parler campagnard est fortuite) qui connaît tous les recoins de Conce. Y compris ceux où l'on trouve des vendeurs de frutillas (fraises), aux cris caractéristiques.

Un petit effort sur la prononciation – qui fera l'objet du prochain article sur le sujet –, et le Franchute (Français) que vous êtes passera piola (inaperçu).