vida_social

Un jour c’est la plaza Perú, rendez-vous des buveurs de bière et des amateurs de plats mexicains. Un autre ce sera la séance cinéma de l’université catholique, un concert au Teatro ou encore une réunion d’anciens élèves. Un photographe s’approche de vous, après avoir abordé tous vos voisins, et vous pose la question rituelle : « Je peux vous prendre en photo pour [nom d’un journal local] » ?

Toutes les occasions sont bonnes pour remplir les pages « sociales » des quotidiens du coin. Dans El Sur elles ont pour nom « Vida social », dans El Diario de Concepción, « Sociales ». Ces pages dédiées au quidam (de temps en temps cuico, un peu de la haute, quoi) trouvent leur place dans chaque numéro, mais ne vous parlent aucunement de faits de société chiliens. Leur point commun : permettre à des gens comme vous et moi d’avoir leur nom et leur bouille dans le journal. Nous nous empresserons de l’acheter en espérant avoir été sélectionnés, et de l’exhiber avec un mélange d’incrédulité (mais enfin, pourquoi ce Voici de l’homme de la rue ?) et réjouissance (l’exotisme de cette rencontre entre ma tête et un journal chilien).

Immortaliser la bonne société penquiste* et satisfaire à ses pulsions narcissiques, c’est du boulot, surtout pour le supplément « social » du week-end. Celui du numéro d’El Sur de samedi dernier contient pas moins de 8 pages, sur lesquelles s’étalent le compte rendu des 15 ans d’une agence immobilière (pleine page sur fond de logos), les sourires des participants d’une soirée « senior », l’évocation des talents de quelques élèves d’un lycée méthodiste... Une pleine page est consacrée à la vie et l’œuvre du directeur d’un cursus d’ingénierie commerciale, photos à l’appui (lui dans la cuisine, lui avec sa femme, lui tout seul en costume, lui tout seul à la campagne, lui bien entouré au golf, au ski, au conseil municipal). On finit par se demander ce qui préside au choix du sujet...

107 photos dans un numéro, en voilà du monde peopolisé à peu de frais. Parmi les moins glorieux, ceux qui ne contribuent ni à la vie culturelle, ni à la vie intellectuelle, ni à la vie sportive de la ville, et n’ont d’autre mérite que celui de s’être trouvés à la table d’un restaurant du quartier Pedro de Valdivia au passage du photographe. Ils défendent cependant (et bien malgré eux) une juste cause : prouver au monde entier que Concepción a une vie nocturne (il était, c’est vrai, 21h30 bien tapées). Où l'on croise des couples pour le moins insolites.

 Royal_et_Beckett

* Penquiste, gentilé de Concepción (ce n’est pas un mot facile à placer, profitons-en), lui vient de la ville de Penco, qui se trouve là où Conce était autrefois bâtie. Détruite à plusieurs reprises, elle a été reconstruite plus loin pour éviter d’ajouter les tsunamis aux séismes.