completo

Qu’est-ce qu’on mange au Chili ? Question rituelle du Français, naturellement – que dis-je, intrinsèquement – obnubilé par la nourriture. Oublions de suite le chili con carne qui sera automatiquement venu à l’esprit. D’autant plus que celui à qui viendrait l’envie de se concocter ce plat texan qui se fait passer pour mexicain aurait bien du mal à mettre la main sur des haricots rouges.

Spontanément je répondrais : de l’avocat (bonheur inégalable que celui de découvrir enfin ce que c’est qu’un avocat mûr), des fraises (attention si vous demandez des « fresas » au lieu de « frutillas », vous avez intérêt à être bon en mime) et du vin blanc Late Harvest (une sorte de Monbazillac qu’on trouve partout). Mais c’est un régime tout personnel et valable plutôt l’été.

Ceci dit, remarquons que la question de savoir ce qui fait l’essence de la tradition culinaire chilienne est bien distincte de celle de savoir ce que mangent les Chiliens. Ce qui saute aux yeux quand on arrive au Chili en imaginant qu’il aurait échappé à un mode d’alimentation de plus en plus répandu, c’est que la nourriture rapide, pas chère et pas saine a envahi le terrain de jeu des affamés pressés.

Au sommet du hit parade de la malbouffe, le completo, si présent et si empreint de chilénité qu’il va jusqu’à faire l’objet de publicité dans la revue Condorito (voir article du 14 septembre 2010). L’indétrônable sandwich se décline bien évidemment sous plusieurs formules, dont la plus répandue est le « completo italiano », aux couleurs de l’Italie, un pain avec une saucisse accompagnée de « palta » (avocat), de tomate, et surtout, surtout d’une bonne couche de mayonnaise pour faire glisser le tout. Armez-vous d’une pile de serviettes en papier, la taille et la capacité d’absorption des serviettes chiliennes laissent à désirer dans des cas aussi extrêmes.

On nous a rapporté le cas d’un Français débarquant à Santiago – après un vol fatalement très long – qui, attiré par la douce promesse d’un « desayuno completo » (deux mots que le hasard avaient réunis sur un même écriteau et hâtivement traduits par « petit déjeuner complet »), a cru commander un café-croissant-jus d’orange... et y a laissé son appétit. La morale de l’histoire ? Le Chili réserve pas mal de surprises.

Dédicace spéciale à Pepito.