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Pedro de Valdivia répond à l’annonce de la station qui porte son nom dans le métro de Santiago. Un entrepreneur immobilier donne son point de vue sur ces immeubles récents qui se sont écroulés pendant le terremoto. Dieu traite Jésus de « weón » (le sens de ce dérivé de « huévon », typiquement chilien, a glissé de « tête de nœud » à « mec »). Piñera révèle son addiction pour la communication. Un militaire, posté sur un charnier, exhorte son auditoire à oublier le passé pour aller de l’avant. Un Indien demande à son prisonnier colon en quoi consiste exactement la colonisation.

Pesantes ou légères, ces références à l'histoire et à la société chilienne sont de Malaimagen, l’auteur d’Abajo las manos (« Bas les mains »). Une page, un dessin en noir et blanc : voilà le principe des créations de ce graphiste de 29 ans, blogueur intarissable. Des personnages aux yeux globuleux et sans cou mettent en avant des absurdités largement partagées par d’autres sociétés.

Ce qui rend fascinants ces chilénismes, c’est évidemment l’addiction du lecteur étranger pour tout ce qui peut lui rappeler des particularités désormais familières. C’est aussi le pouvoir exorcisant de ces « mauvaises images » qui, pour certaines, rappellent à la mémoire que les périodes sombres de l’histoire chilienne ont été enterrées à la va-vite. C’est enfin les difficultés que rencontre une édition de qualité à prendre sa place au Chili, où les publications argentines semblent avoir davantage pignon sur rue.

Et pourtant. Les 800 titres proposés à la vente dans la bibliothèque de l’UdeC (universidad de Concepción), la semaine dernière, témoignent de la créativité et de l’exigence d’une certaine édition chilienne. « Bibliodiversidad », telle est la revendication d'Editores de Chile, association d’une vingtaine d’éditeurs indépendants, autonomes et universitaires, créée à la fin des années 1990, organisatrice de cette manifestation. C’est aussi le terme qui ouvre les publications des éditions RIL (Red Internacional del Libro), l’éditeur de Malaimagen. Peu importe que le mot vienne d’Espagne ou d’ailleurs, la volonté de diversité n’en est pas moins présente, et au-delà de la lutte contre l’uniformisation culturelle, elle mène avant tout à des ouvrages de qualité. Éventuellement politiquement incorrects et mal élevés, comme le revendique Malaimagen.

 


Références

Malaimagen, Abajo las manos, Santiago : RIL editores, 2010 (140 p.), 4 900 pesos (en espagnol).

Le blog de Malaimagen (en espagnol).

Interview de Malaimagen par Bárbara Huberman sur le site Kilometro Cero, octobre 2010 (en espagnol).

Le site de RIL editores (en espagnol).

Le site de l’association Editores de Chile (en espagnol).