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Vous avez vu Germinal à l’Alliance française il y a deux semaines, et vous suivez le feuilleton des 33 honnêtes travailleurs prisonniers d’une mine de San Jose depuis deux mois. L’annonce de leur libération vous donne des ailes (ou plutôt du plomb dans l’aile ?). Vous ne pouvez plus résister à la tentation de descendre dans les entrailles de la terre, mais un tout petit peu moins profond, quand même. 700 mètres, ça fait beaucoup.

Petit(e) veinard(e), il se trouve qu’à Lota, ville côtière à 1h15 de bus au sud de Concepción, le Chiflón del Diablo (qu’on pourrait traduire par « courant d’air du diable ») vous ouvre ses galeries. Cette mine de charbon à vocation touristique – après avoir épuisé pas mal de mineurs – n’est plus traversée que par des curieux comme vous. D’anciens mineurs ou fils et petit-fils de mineurs, comme celui qui vous accompagne, guident la visite à travers les galeries souterraines… et sous-marines. Armé(e) d’un casque, d’une lampe frontale et d’une pile, matériel allemand, vous précise-t-on –  est-ce censé vous rassurer ? – vous allez effectivement vous enfoncer sous l’océan Pacifique.

Laissez votre manteau au vestiaire, à l'intérieur la température est de 23° C. Respirez un grand coup tout en sachant que ce n’est pas la dernière fois. Cette mine fait partie des rares dont la ventilation est assurée de manière naturelle, et puis ici on ne ressent quasi pas les tremblements de terre.

ascenseur

Tout d’abord, prendre, euh, l’ascenseur, qui vous emmènera une trentaine de mètres plus bas, puis suivre la pente descendante. Pas de hublots pour saluer les éléphants de mer, mais si vous avez le sens de l’orientation vous pourrez, peut-être confirmer que vous allez vers l’ouest.

Là on vous raconte, galerie après galerie, civière après téléphone des années 1930, pylône après masque à gaz, la vie quotidienne des mineurs au XIXe siècle, et jusqu’en 1997, date de fermeture de la mine, pour cause de conditions de travail trop… dures ? (N’est-ce pas un euphémisme ?) C’est que vos histoires de bureau, certes difficiles à vivre, font bien pâle figure à côté de leurs genoux broyés, de leur dos en compote, du gaz toxique qu’il leur arrivait d’inhaler, des traversées sans lumière, des effondrements… et tout ce que vous n’avez pas compris faute de maîtriser l’espagnol.

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Vous expérimentez le noir absolu, le silence, aussi. Peut-être était-ce un tantinet différent du temps où 1 500 mineurs s’activaient pour extraire 250 tonnes de charbon par jour en respirant un air pauvre en oxygène.

Il semblerait que la vie en dehors du travail n’ait pas été toute rose non plus, si l'on en croit, par exemple, cette vitrine du musée historique (vaste fourre-tout se donnant pour mission de retracer l’histoire de la ville) dans laquelle on aperçoit des jetons. Les mineurs les recevaient en échange de leur travail, et allaient les dépenser… dans les boutiques des propriétaires de la mine, la famille Cousiño. Belle organisation !

En 1997, donc, la mine a fermé, après 140 années de bons et loyaux services, et la ville a alors misé sur son développement touristique pour se refaire une santé. Des petites maisons aux façades colorées, du théâtre aux vitres brisées, du parc aux statues terremotées, s’échappe un air désolé de ville abandonnée. Mais vous ne pouvez vous empêcher, malgré tout, de trouver ça charmant.

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Et puis votre guide vous a chanté une chanson de mineurs, c’est regalo, sûr que vous retournerez voir ce passionné attentif à vous ouvrir le temps d’une visite ce monde bien particulier. Ici, rien ne sonne faux (pas même le vieil appareil toujours en état de marche, tournez la manivelle, vous verrez). Promis, dans deux ans, vous reviendrez avec un témoignage palpitant.


INFORMATIONS PRATIQUES

Depuis Concepción, prendre le bus Ruta 160, ou tout bus menant à Lota, depuis le terminal de bus de Collao ou sur l’avenue Las Carrera (option qui vous épargnera 20 à 30 mn de traversée de la ville). Demander au chauffeur de vous arrêter au croisement qui mène à la mine pour vous y rendre à pied (10 mn), ou prendre un colectivo (11). Depuis la mine vous pouvez prendre ce même colectivo ou rejoindre le parc et le musée à pied (30 mn environ).

Prix du billet pour tous les sites (parque Isadora-Cousiño, mina Chiflón del Diablo, museo histórico de Lota, museo interactivo Big-Bang, Hidroeléctrivo Chivilingo) au 10 octobre 2010 : 5 000 pesos. Prix du billet pour la visite de la mine seule : 4 000 pesos. Le musée interactif est actuellement fermé.

Sources et références

Site de Lota Sorprendete, qui présente la mine et les sites touristiques de Lota (en espagnol).

Colin Bennett, « El Chiflón del Diablo: Undersea Coal Mine Turned Tourist Attraction », Revolver, 30 mars 2010 (en anglais).

À lire : Sub-Terra de Baldomero Lillo (a priori non traduit en français à ce jour).

À voir : Sub Terra (2003) de Marcelo Ferrari, le film du même nom tiré de ce roman et tourné à Lota.