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La France a Astérix, la Belgique Lucky Luke, les Italiens Corto Maltese, les États-Unis Superman. Et le Chili ? Quel personnage de bande dessinée s’étale sur les kiosques du pays, se retrouve dans toute l’Amérique du Sud et jusqu’en Amérique du Nord ? Condorito, un condor vêtu d’un pantalon rapiécé, d’une chemise rouge, de sandales qui laissent dépasser deux énormes orteils. Trois poils et une crête sur le caillou, il porte haut les couleurs du Chili. 

Du moins c’est ce que laisse entendre la légende, qui veut que son créateur en ait eu l’idée après avoir visionné Pedro, issu de Saludos Amigos [Bonjour, les amis], série de courts métrages portés à l’écran par les studios Disney en 1943. Chaque pays d’Amérique latine s’y trouve personnifié, le Chili étant représenté par un petit avion de l’aéropostale, Pedro, qui peine à traverser la cordillère des Andes.

Pepo, de son vrai nom René Ríos Boettiger (1911-2000), ancien caricaturiste de la revue satirique politique Topaze, se serait indigné de l’image qu’on donnait ainsi de son pays. Il aurait alors décidé de riposter en créant Condorito, qui apparaît en 1949 dans la revue Okey.

Six ans plus tard il est à la une de sa propre revue, Condorito. Aujourd’hui ses planches se déclinent dans plus de 70 revues et auraient 80 millions de lecteurs : un succès incontesté.

Alors, par quels traits de caractère ce hérault de l’identité chilienne se distingue-t-il ?

Certes le condor est censé s’élever sans difficulté au-delà la cordillère des Andes. Mais ce rapace anthropomorphe vit dès son apparition au milieu des hommes. Sans compter sa première activité : un voleur de poules, vraiment ? Eh oui, c'est le pauvre Chilien venu de sa campagne pour tenter sa chance à la ville.

Étrange personnage que ce Condorito. On connaît bien la tendance affirmée au conservatisme des héros de bande dessinée quant à leurs choix vestimentaires, tendance que ne dément pas notre condor banlieusard. Mais si Lucky Luke est cow-boy, Tintin reporter, Corto Maltese marin au long cours et Superman sauveur de l’humanité, qui est Condorito ? Prisonnier, commentateur sportif, vétérinaire, chômeur, réalisateur, pharmacien, sculpteur, psychiatre, curé, il change d’activité à chaque page. Est-il monsieur Tout-le-Monde ?

Au fil des ans, le condor évolue. Il perd ses plumes pour s’« humaniser », dit adieu à la cigarette au bec de ses débuts, et se débarrasse de ses modismes, ces expressions typiquement chiliennes qui nuisent à la mondialisation de ses aventures. Ce qui ne l’empêche pas de laisser quelques expressions, dont « ¡ Exijo una explicación ! » (« J’exige une explication ! »), qui clôt certaines planches.

Qu’est-ce qui fait donc de Condorito, Condorito ? Peut-être cette capacité à évoluer tout en utilisant jusqu’à plus soif la « chute » dans sa plus simple expression. La plupart des gags se terminent façon manga avant l’heure. Quand des corbeaux surplombent à répétition la tête de certains personnages du pays du soleil levant, ici on tombe à la renverse devant l’absurdité de la réplique finale. Ça ¡ plop ! donc à toutes les pages, avec ce qu’on pourrait appeler une certaine lourdeur de procédé.

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Bref, voilà une revue de bande dessinée populaire qui perdure et semble peu souffrir de la concurrence. Mais c'est un tout premier pas dans l'univers de la BD chilienne, alors... affaire à suivre.

 


Sources

Le site de la direction chilienne des bibliothèques, des archives et des musées (en espagnol)

Le premier numéro de la revue Condorito (en espagnol)

Condorito a 60 ans, article de Courrier international du 20 août 2009