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D’où vous vient cette impression étrange d’avoir 20 ans à nouveau ? Peut-être la nudité de l’appartement que vous investissez en arrivant dans un nouveau pays avec 46 kg de bagages (c’est finalement beaucoup moins que ça en a l’air).

Heureux propriétaire d’une petite cuillère en plastique Air France arrachée à son funeste destin, vous vous devez à présent de lui trouver des compagnons et vous partez à cette fin pour une expédition, dont vous ignorez quand elle prendra fin, dans les magasins de la ville. L’occasion idéale de découvrir au travers d’une multitude de détails les particularités de cette nouvelle terre d’attache.

La grande artère commerçante de Concepción, c’est Barros Arana (paix aux mânes de cet historien chilien), une rue, comment dire, que vous chercherez bientôt à éviter coûte que coûte, peut-être parce qu’elle vous rappelle Châtelet-les-Halles un samedi après-midi entre les fêtes de Noël et le nouvel An. Voyez le bon côté des choses : la remonter vous permettra de travailler votre slalom à coups de « permiso » (« pardon, pardon ») avant de l’exercer sur les pistes de Chillán. Gare à la collision toutefois, qui n’effraie nullement ceux que vous y croiserez.

Dans ce temple de la consommation dont – vous croirez bientôt que – vous ne pouvez plus vous passer, les enseignes se livrent une étonnante concurrence, en multipliant des activités identiques. Chez Ripley, Paris, Falabella, vous trouverez tout : vêtements, électroménager, meubles, et même assurances et services bancaires.

Une des spécialités chiliennes, c’est en effet le mélange des genres. Et le plus choquant, pour un Français qui débarque, est sans doute celui auquel il assiste la première fois qu’il se rend dans une pharmacie. Ou ce qu’il prend pour une pharmacie (rapide coup d’œil dans le dictionnaire qui ne quitte plus sa poche : oui, « farmacia », c’est bien ça).

Bien sûr, les « auxiliaires de pharmacie » pourront vous y délivrer des médicaments, les plus chers de préférence (puisqu’il semblerait qu'ils sont surtout payés à la commission) et pas forcément les bons (cf. parenthèse précédente, sans compter que s’il n’y en a plus, vous n’allez pas repartir les mains vides, n'est-ce pas ?). Espérons que vous tomberez sur une personne de conscience. Quoi qu’il en soit, mieux vaut que votre médecin vous ait indiqué des produits de remplacement, les médicaments ne sont pas forcément leur spécialité. Après tout, ces employés polyvalents vous conseillent, en plus et bien évidemment, sur une multitude de produits de beauté et soupes de protéines, sans compter qu’ils vous vendent chips, chocolat ou sodas d’une main, tout en rechargeant votre téléphone portable de l’autre. De vrais hommes-orchestres.

Après vous être fait dépasser par une charrette à cheval dans la rue, et avoir évité de justesse un nœud de fils pendouillant du réseau électrique de la ville, vous venez de vous prendre en pleine face le très contemporain ultracapitalisme à l’américaine.