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Vous aussi, comme tout le monde, vous vous êtes posé la question quand vous l'avez lu la première fois : « “Colocolo”, mais qu'est-ce que c'est que ce mot ? » Eh bien voilà la réponse à cette question.

Non, ce n'est pas le nom du chat des pampas, le colocolo, ni celui de l'équipe de foot la plus populaire du Chili, Colo-Colo (oublions le groupe électro-pop), que la municipalité aurait choisi pour baptiser la rue dans laquelle se trouve aujourd'hui, entre autres bâtiments, le lycée franco-chilien de Concepción. Ou plutôt c’est tout cela à la fois, puisque Colocolo, chef mapuche du XVIe siècle, tenait sans doute son nom du colocolo, le félin, et l’a « transmis » malgré lui aux footeux, qui rendaient ainsi hommage à son intelligence et à son héroïsme.

Alors, qu’a-t-il fait, ce Colocolo, pour devenir un tel symbole ? Il faut croire que la question est toujours d’actualité, puisque la plupart des textes qui en parlent ont été écrits après sa mort, qu’ils présentent des contradictions et suscitent des doutes chez les historiens.

Ce sont des auteurs espagnols qui mentionnent son nom pour la première fois. Parmi eux, Jerónimo de Vivar est un témoin de choix puisqu’il s’est engagé dans les troupes de Pedro de Valdivia, venu conquérir le Chili. Il nous promet de la matière et de l’authentique dans Crónica y relación copiosa y verdadera de los reinos de Chile [Chronique du Royaume de Chili, 1558]. Quant à Alonso de Ercilla y Zúñiga, il est l’auteur d’un poème épique intitulé La Araucana, chronique des guerres araucanes publiée entre 1569 et 1589.

Il en ressort, à ce qu’il semble, des informations étiques, selon lesquelles Colocolo s’illustre pendant la guerre d’Arauco qui oppose, de 1536 à 1598, conquistadors et Mapuches, qu’Ercilla désigne par le terme d’Araucans. Ceux-ci occupent une région délimitée au nord par le fleuve Bío-Bío, au sud par la région des lacs, et qui s’étend au-delà de la frontière argentine à l’est. L’Araucanie, exactement.

Le poème d’Ercilla raconte comment en 1553, alors que les Mapuches cherchent un « toqui », un chef militaire, pour diriger leurs troupes contre les Espagnols, des prétendants aux vertus égales sont prêts à se battre entre eux pour le titre. C’est alors que « sabio Colocolo », le sage Colocolo, d’un âge déjà respectable, aurait proposé une épreuve de force pour les départager. Ils devront porter une poutre le plus longtemps possible, histoire d’éviter de s’étriper les uns les autres.

Le cacique Caupolicán remporte cette épreuve. À sa mort, quelques années plus tard, c’est Colocolo qui prend la tête de la résistance mapuche contre les troupes de Pedro de Villagra. La suite est sujette à caution.

Reste que le discours « modeste et mesuré » de Colocolo rédigé sous la plume d’Ercilla a fait impression sur notre Voltaire national. Dans son Essai sur la poésie épique, il le place au-dessus du « babil impoli et présomptueux » d’un personnage d’Homère, Nestor, tentant d’apaiser une querelle entre Achille et Agamemnon.

L’héroïque chef mapuche serait donc avant tout… un vieux beau parleur ?

Après tout on a la postérité qu’on veut bien nous donner. Sans compter que, comme l’histoire est écrite par les vainqueurs, et que ceux-ci ne sont pas toujours bien renseignés – quand ils ne marquent pas leur domination en imposant leur terminologie –, on peut y perdre une partie de son nom. D’après des chercheurs mapuches, il manque un adjectif au nom du toqui, qui se retrouve simple chat des pampas sans qualité.

Colocolo, qui es-tu ? Le mystère reste entier.

 


Sources

Article « Colo-Colo » dans Wikipedia (en espagnol)

L'Araucana d’Alonso de Ercilla y Zúñiga

Crónica de Jerónimo de Vivar (en espagnol)

Essai sur la poésie épique de Voltaire